Introduction générale : économie et humanisme - Vidéo 2

Pierre Rabhi
Introduction générale : économie et humanisme - samedi 10 septembre 2011 à 09:38
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Ce que le monde appelle aujourd’hui l’économie n’est pas l’économie ; en quelque sorte c’est simplement comment arriver à donner un chiffre de la croissance, un chiffre sur ce que l’on entendrait par la prospérité mais qui est essentiellement validée par une approche financière. Ce qui veut dire que quand on parle d’économie telle qu’on l’entend aujourd’hui, on fait de l’économie en épuisant les forêts, on fait de l’économie en épuisant les mers, on fait de l’économie en ravageant l’ensemble de la planète, en malmenant et en maltraitant l’humain. C’est le cas aujourd’hui : peu importe l’humain pourvu que le produit national brut augmente, etc. etc. Donc il faut bien s’entendre sur ce que les économistes d’aujourd’hui appellent l’économie ! C’est loin d’être l’économie, c’est même sa négation. L’économie part justement d’un principe dynamique qui permet une gestion la moins dispendieuse et la moins dissipatrice possible. Quand on dit « j’économise », cela veut dire « je ne dissipe pas ». Donc tant qu’on n’aura pas levé ce malentendu, je crois qu’il est très difficile d’aller beaucoup plus loin.
Ce qu’on entend aujourd’hui par économie, c’est justement quelque chose qui va à l’encontre d’une gestion planétaire fondée sur sa continuité, sa préservation, fondée sur l’humanisme, ce qui aboutit à une pyramide mondiale dans laquelle toutes les activités humaines ainsi que les ressources de la planète sont en quelque sorte tarifées ; et cette tarification donne évidemment une vision plutôt financière de ce qu’on appelle économie. Donc à mon avis, il faut déjà renoncer à ce terme aujourd’hui et ensuite envisager la réalité économique.
Ce qui nous inspire le mieux pour l’économie, c’est ce que fait la nature : « rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ». La nature parle ainsi. Pourquoi ? Parce que dans cette logique-là, rien n’est créé ni jamais perdu. C’est ce qui nous a inspiré l’agriculture biologique. Quand les arbres poussent dans la forêt, il y a des déchets qui tombent au sol, ces déchets de feuilles se transforment, ce qui aboutit à une matière qui s’appelle l’humus – humus, humanité, humilité, humidité, c’est pareil – et cet humus est en quelque sorte, par une voie presque alchimique, l’élément clé à partir duquel la vie va rebondir.
Ce qui revient à dire que si nous faisons tout bêtement et tout simplement du compost, c’est que nous voulons imiter ce que fait la nature, dans l’économie. Même les déchets rentrent dans le cycle de la vie, et je crois que la meilleure leçon d’écologie que nous puissions recevoir, c’est la nature qui nous la propose.
Aujourd’hui on a remis à la finance les pleins pouvoirs sur le destin collectif, et là c’est une très très très grave erreur parce que finalement cette avidité, cette insatiabilité produit de la violence, avec toutes les conséquences qu’on peut décliner à partir de ce choix ; et partant de ce postulat stupide, il y a des révoltes, il y a des injustices, il y a des crimes et des guerres, bien sûr. Et tout cela est dû au fait que nous avons fait de cette magnifique planète un casino, un supermarché et un champ de bataille. C’est terrible. Il serait temps que nous revenions justement à une véritable économie.
Je crois que toute cette déviation est due au fait que l’on n’a pas intégré la dimension sacrée, qui est absolument indispensable. Un arbre, même s’il produit de l’oxygène, qu’il absorbe le carbone, qu’il régule l’atmosphère, etc., n’est pas réductible à cela. Il est beau ! Il est beauté ! Quand on regarde un arbre avec attention et gratitude, on ressent une plénitude, parce qu’il est beau. Et puis le vent chante dans l’arbre, et puis les oiseaux chantent dans l’arbre, et puis...
La caractéristique de notre époque, c’est qu’elle a évacué toute la beauté pour que la laideur s’installe de plus en plus. Il n’y a qu’à voir comment on organise nos villes, nos territoires : c’est laid, voilà. Il y a une laideur atroce qui est installée.
Il n’y a rien de plus laid aussi que l’avidité, c’est-à-dire n’être jamais satisfait. Et le malheur de la société moderne même, c’est qu’on a instauré l’insatisfaction comme moteur de l’économie ; c’est-à-dire qu’avec des gens satisfaits, la pseudo économie s’arrêterait tout de suite, alors on manipule les gens pour qu’ils ne soient jamais satisfaits, et cette insatiabilité devient en quelque sorte le moteur de cette erreur majeure

Pierre Rabhi

Parrain du Forum
Agrobiologiste, visionnaire fondateur de “Terre et Humanisme” inventeur du concept « Oasis en tous lieux ». Créée en 1994 sous le nom des “Amis de Pierre Rabhi”, rebaptisée en 1999, l’association Terre & Humanisme oeuvre pour la transmission de l’agroécologie comme pratique et éthique visant l’amélioration de la condition
de l’être humain et de son environnement naturel.
www.pierrerabhi.org/blog/index.php ?static/biographie

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